C’est l’histoire…

D’un garçon qui cherchait encore sa place.

01

Créer pour avancer

D'un garçon qui avait toujours eu besoin de quelque chose devant lui.

Un écran.

Un jeu.

Un projet.

Une idée.

Quelque chose à construire, à améliorer, à comprendre.

Parce que lorsque son esprit était occupé, le monde semblait beaucoup plus simple.

Il pouvait passer des heures à réfléchir à un site qui n'existait pas encore, à imaginer une interface parfaite, à déplacer un bouton de quelques pixels simplement parce que « là, ça faisait mieux ».

Il pouvait transformer une simple idée en projet.

Un projet en site.

Un site en univers.

Et lorsqu'il avait enfin terminé, il regardait le résultat avec cette satisfaction étrange que connaissent les gens qui créent :

celle de voir devant eux quelque chose qui, quelques heures auparavant, n'existait que dans leur tête.

02

Celui qui répare les choses

Mais il y avait quelque chose d'assez ironique chez lui.

Il savait souvent réparer les choses.

Un ordinateur qui refusait de démarrer.

Un jeu qui utilisait la mauvaise carte graphique.

Un programme qui plantait.

Un serveur Discord mal organisé.

Une page internet qui ne ressemblait pas exactement à ce qu'il imaginait.

Face à un problème technique, il cherchait.

Il testait.

Il recommençait.

Et généralement, tôt ou tard, il trouvait.

Pourtant, il existait une machine qu'il n'avait jamais vraiment appris à réparer.

Lui-même.

Pas parce qu'il était cassé.

Mais parce qu'aucun tutoriel n'existait pour expliquer quoi faire lorsqu'on ne savait pas exactement où l'on allait.

Aucun bouton « Réparer ».

Aucune commande magique.

Aucun redémarrage.

Alors il avançait comme beaucoup de gens avancent dans la vie :

en faisant semblant de connaître le chemin.

03

« Ça va. »

Il disait souvent :

« Ça va. »

Et la plupart du temps, c'était vrai.

Ça allait.

Pas merveilleusement.

Pas terriblement.

Juste…

ça allait.

04

Les mondes qu'il construisait

Il avait ses jeux.

Ses amis.

Sa famille.

Ses conversations tardives.

Ses projets parfois absurdes qui devenaient soudain très sérieux.

Ses idées d'applications.

Ses sites.

Ses communautés.

Ses défis organisés pour les autres.

Il aimait créer des choses qui donnaient aux gens une raison de revenir.

Une raison de participer.

Une raison de sourire.

Peut-être parce qu'au fond, il avait toujours compris quelque chose que beaucoup mettent longtemps à comprendre :

on peut construire un endroit simplement parce qu'on aimerait que quelqu'un s'y sente bien.

Alors il construisait.

Des serveurs.

Des expériences.

Des petits mondes numériques.

Il imaginait même parfois des projets beaucoup plus grands.

Un lieu autour du gaming.

Une entreprise.

Quelque chose qui serait vraiment à lui.

05

Créer son propre chemin

Parce qu'il y avait une idée qui revenait souvent dans son esprit :

il ne voulait pas passer toute sa vie à simplement suivre le plan de quelqu'un d'autre.

Il voulait créer le sien.

Le problème, c'est que créer son propre chemin signifie avancer là où il n'y a justement…

aucun chemin.

Et ça, parfois, faisait peur.

06

Regarder les autres avancer

Il regardait les autres avancer.

Certains semblaient savoir exactement ce qu'ils voulaient devenir.

Études.

Travail.

Appartement.

Voiture.

Couple.

Vie parfaitement rangée dans des cases.

Et lui regardait cette route comme quelqu'un regarde une destination sur Google Maps sans avoir réellement envie d'y aller.

07

Ce qu'il veut vraiment

Ce n'était pas qu'il ne voulait rien.

Au contraire.

Il voulait énormément de choses.

Peut-être même trop.

Il voulait être libre.

Créer.

Avoir une vie confortable.

Pouvoir aider sa famille.

Avoir ses propres projets.

Être entouré des bonnes personnes.

Avoir un espace à lui.

Construire quelque chose dont il serait réellement fier.

Simplement…

il ne savait pas encore quelle route permettait d'obtenir tout ça.

08

La logique des machines

Alors parfois, il doutait.

Et lorsqu'il doutait, il retournait vers ce qu'il connaissait.

La technologie.

Les jeux.

Les projets.

Les conversations.

Parce qu'un ordinateur possède quelque chose de rassurant que la vie n'a pas :

une logique.

Quand quelque chose ne fonctionne pas, il existe généralement une raison.

Une erreur.

Un mauvais paramètre.

Un fichier manquant.

Un pilote.

Une incompatibilité.

Dans la vie, parfois, tout est correctement configuré…

et pourtant quelque chose semble quand même ne pas fonctionner.

09

Les petits combats invisibles

Il y avait aussi tous ces petits combats invisibles.

Les démarches qui n'aboutissaient pas.

Les services clients qui ne répondaient pas.

L'argent qu'il fallait gérer.

Les paiements qui arrivaient au mauvais moment.

Les entreprises qui compliquaient des choses pourtant simples.

Les projets qui fonctionnaient parfaitement la veille et décidaient soudainement de casser aujourd'hui.

Et chaque fois, il râlait.

Parfois beaucoup.

Puis quelques minutes plus tard…

il cherchait une solution.

10

L'entêtement silencieux

C'était probablement l'une des choses les plus importantes à comprendre sur lui.

Il pouvait être découragé.

Énervé.

Fatigué.

Triste.

Mais il avait énormément de mal à abandonner quelque chose qu'il considérait réellement important.

Même lorsqu'il disait :

« Flemme. »

Même lorsqu'il disait :

« Vas-y j'abandonne. »

Il existait une chance assez élevée qu'une heure plus tard il soit encore dessus.

Parce qu'au fond de lui vivait une forme d'entêtement silencieux.

Pas celui des héros de films.

Pas celui accompagné d'une musique épique.

Un entêtement beaucoup plus banal.

Celui qui consiste simplement à essayer encore une fois.

Puis encore une fois.

Puis…

« attends j'ai peut-être trouvé ».

Et parfois il trouvait.

11

Les gens

Mais son histoire n'était pas uniquement une histoire de machines.

Il y avait les gens.

Il accordait probablement plus d'importance aux relations qu'il ne voulait parfois l'admettre.

Certaines personnes entraient dans sa vie presque par hasard.

Un jeu.

Un serveur.

Une conversation.

Une blague.

Puis sans réellement savoir quand la transition s'était produite, ces personnes devenaient une partie de son quotidien.

Et quand quelqu'un comptait vraiment pour lui…

il cherchait souvent une manière d'être utile.

Aider à résoudre un problème.

Créer quelque chose.

Expliquer.

Trouver une solution.

Organiser.

Offrir.

Faire rire.

C'était sa manière à lui de dire :

« Tu comptes pour moi. »

Sans forcément prononcer la phrase.

12

Les gens s'éloignent

Mais c'est aussi le problème lorsqu'on accorde de la valeur aux gens.

Parfois ils déçoivent.

Parfois ils s'éloignent.

Parfois ils répondent moins.

Parfois une relation qui semblait évidente devient soudain étrange.

Et il n'existe aucune commande permettant de restaurer une ancienne sauvegarde.

Alors on garde les souvenirs.

Les bons.

Les gênants.

Les drôles.

Ceux auxquels on repense soudainement à deux heures du matin sans aucune raison.

Et on avance.

13

Derrière les écrans

Un jour, quelqu'un aurait peut-être pu regarder sa vie de l'extérieur et penser :

« Il passe beaucoup de temps devant des écrans. »

Et cette personne aurait eu raison.

Mais elle n'aurait vu que les écrans.

Elle n'aurait pas vu tout ce qu'il y avait derrière.

Les conversations.

Les rencontres.

Les créations.

Les frustrations.

Les rêves.

Les projets commencés à minuit simplement parce qu'une idée venait d'apparaître.

Les moments où une simple interface pouvait lui donner l'impression d'avoir construit quelque chose d'important.

Les parties où il riait tellement qu'il oubliait complètement le reste.

Les soirées où Discord était moins un logiciel qu'une pièce virtuelle remplie de gens qu'il appréciait.

14

Le futur

Et puis il y avait le futur.

Ce fameux futur.

Celui dont tout le monde parle comme s'il s'agissait d'une destination déjà construite.

Pour lui, ce futur était encore flou.

Et pendant longtemps, il avait peut-être cru que c'était un problème.

Puis doucement, quelque chose commença à changer.

Il comprit qu'à son âge, ne pas connaître la suite n'était peut-être pas un retard.

C'était peut-être simplement…

le début.

Parce que les histoires les plus intéressantes ne commencent presque jamais par :

« Il savait exactement ce qu'il allait faire de sa vie. »

Elles commencent plutôt par quelqu'un qui cherche.

Quelqu'un qui essaie.

Quelqu'un qui se trompe.

Quelqu'un qui construit quelque chose.

Puis détruit.

Puis recommence autrement.

15

Se découvrir en créant

Et ce garçon-là était exactement comme ça.

Il avait déjà changé d'avis plusieurs fois.

Certains projets qu'il trouvait extraordinaires quelques mois auparavant ne l'intéressaient plus.

Certaines idées étaient mortes.

D'autres étaient apparues.

Et pendant longtemps, il aurait peut-être considéré cela comme de l'indécision.

Mais ce n'était pas forcément ça.

Il était simplement en train de se découvrir.

À travers tout ce qu'il construisait.

À travers tout ce qu'il abandonnait.

À travers toutes les choses auxquelles il revenait malgré tout.

16

La version future

Il y avait probablement une version future de lui quelque part.

Une version qui avait trouvé son équilibre.

Peut-être avait-elle créé quelque chose qui fonctionnait réellement.

Peut-être avait-elle son entreprise.

Peut-être un projet totalement différent de tout ce qu'il imaginait aujourd'hui.

Peut-être qu'elle rirait en repensant à toutes ces fois où il avait paniqué pour des problèmes qui semblaient gigantesques sur le moment.

Mais cette personne n'existait pas encore.

Pas complètement.

Elle était en construction.

Et chaque journée ajoutait quelque chose.

Une compétence.

Une erreur.

Une rencontre.

Une déception.

Un souvenir.

Une idée.

Une petite ligne supplémentaire dans un immense programme qu'il écrivait sans même voir le code.

17

Continuer

Il y aurait encore des journées étranges.

Des journées où il aurait envie de ne parler à personne.

Des journées où tout l'énerverait.

Des journées où il se demanderait ce qu'il était réellement en train de faire de sa vie.

Et peut-être même des journées où il regarderait le plafond en se demandant pourquoi il se sentait triste alors qu'il n'existait aucune raison évidente de l'être.

Puis son téléphone vibrerait.

Quelqu'un enverrait une absurdité.

Un ami proposerait de jouer.

Une nouvelle idée apparaîtrait.

Il ouvrirait son ordinateur.

Et sans réaliser que quelque chose venait de se passer…

il continuerait.

Parce que parfois, continuer ne ressemble pas à quelque chose de courageux.

Parfois continuer ressemble simplement à :

« Bon… qu'est-ce qu'on fait maintenant ? »

Puis un jour passe.

Puis un autre.

Et une vie entière finit par se construire comme ça.

18

Prendre une page vide

Le garçon de cette histoire ne savait pas encore exactement qui il deviendrait.

Il savait seulement quelques choses.

Il voulait rester libre.

Il voulait créer.

Il voulait profiter des personnes qu'il aimait tant qu'elles étaient là.

Il voulait construire une vie qui lui ressemble plutôt qu'une vie simplement considérée comme « normale ».

Et surtout…

il voulait pouvoir regarder derrière lui un jour et se dire :

« En fait… j'ai fait quelque chose de tout ça. »

Peut-être que c'est pour cette raison qu'il aimait autant créer des projets.

Parce qu'au fond, chaque site, chaque serveur, chaque idée était une miniature de ce qu'il essayait de faire avec sa propre existence.

Prendre une page vide.

Ne pas savoir exactement quoi mettre dessus.

Essayer.

Modifier.

Supprimer.

Recommencer.

Puis lentement…

voir apparaître quelque chose qui lui ressemble.

Son histoire n'était donc pas celle d'un garçon qui avait trouvé sa place.

Pas encore.

C'était l'histoire d'un garçon qui la construisait.

Parfois maladroitement.

Parfois avec confiance.

Parfois en ayant peur.

Parfois en étant persuadé qu'il savait exactement ce qu'il faisait alors qu'il improvisait complètement.

Mais il la construisait.

19

Ce soir-là

Et ce soir-là, il se sentait un peu triste.

Pas au point que le monde s'arrête.

Juste cette tristesse silencieuse qui donne envie de rester quelque part, de lire quelque chose, de réfléchir un peu plus longtemps que d'habitude.

Alors il demanda qu'on lui raconte une histoire.

Sa propre histoire.

Peut-être parce qu'il avait besoin, pendant quelques minutes, de regarder sa vie depuis l'extérieur.

Et peut-être qu'en la regardant ainsi…

il comprendrait quelque chose qu'on oublie facilement lorsqu'on est celui qui vit l'histoire.

20

Les premiers chapitres

Il n'était pas arrivé à la fin.

Il n'était même probablement pas arrivé au milieu.

Il était encore dans les premiers chapitres.

Ceux où le personnage principal ne comprend pas encore pourquoi certains événements sont importants.

Ceux où des personnes apparaissent sans qu'on sache lesquelles seront encore là cent pages plus tard.

Ceux où les rêves changent.

Ceux où les erreurs semblent énormes.

Ceux où l'avenir est complètement imprévisible.

Et quelque part, c'était peut-être ça qui rendait son histoire intéressante.

La page suivante

Parce que la page suivante…

était encore vide.

Et pour quelqu'un qui avait toujours aimé créer,

une page vide n'avait jamais vraiment été quelque chose d'effrayant.

C'était une invitation.